Le bug humain : quel avenir pour l'Homo Striatum ?

Les alertes concernant les évolutions de notre environnement s'enchaînent et sont de plus en plus alarmantes. Pourtant, nous ne réagissons pas ou pas à la hauteur des enjeux. Dans son essai "Le bug humain", Sébastien Bohler nous donne quelques pistes pour comprendre pourquoi.

Cerveau humain (illustration)

De la dissonance cognitive...

Lorsque j'ai entendu pour la première fois Sébastien Bohler présenté son essai, il expliquait qu'une des raisons l'ayant poussé à écrire son ouvrage est une expérience quelque peu déconcertante qu'il a vécue en suivant les actualités. Presque au même moment, il a entendu les médias se faire l'écho de l'alarme envoyée par plusieurs milliers de scientifiques sur l'état critique de la planète, puis ensuite se réjouirent du contrat remporté par Airbus avec à la clé la vente de plusieurs centaines d'avions.

Cela m'a interpellé, car je me souviens avoir eu la même réaction, ayant également entendu ces deux actualités s'enchaîner durant un journal.

Et le mot "bug" qu'il a choisi pour le nom de son essai me semble parfaitement correspondre à mon ressenti de l'époque : comment peut-on simultanément s'alerter de la dégradation massive de notre environnement et se réjouir d'une nouvelle signifiant plus d'émissions de gaz carbonique. Si vous avez un doute concernant la pollution liée à l'aviation civile, je vous conseille de consulter le site du Réseau Action Climat.

Connais-toi toi-même ?

Passé l'étonnement face à cette contradiction, on peut se demander ce qui "bug" ainsi dans l'être humain, le rendant incapable d'agir en cohérence avec ce qu'il sait ?

La facilité est toujours de rejeter l'erreur sur les autres. Par exemple votre voisin qui n'en fout pas une ramée, contrairement à vous qui êtes si écolos (Vraiment ? Si vous souhaitez le vérifier, vous pouvez faire votre bilan climat avec l'outil gratuit MicMac, qui est assez complet).

Mais peut-être que la faute vient du "système" ?
Au choix (cochez la case qui vous caresse dans le sens de vos préjugés.) : l'État qui empêche les choses de se réguler naturellement ou au contraire le Capital qui pousse les individus à surconsommer contre leur gré (pauvre de nous !).

À moins encore que cela ne soit plus généralement la "civilisation" qui dénature le bon sauvage qui sommeille en nous et est si proche de la nature ? Il semble pourtant que nous ayons contribué à la disparition de la mégafaune dès la Préhistoire.

Sans nier l'importance du système dans lequel nous vivons et son inertie (notamment via ce que l'on nomme le verrouillage socio-technique), il est intéressant d'essayer de comprendre ce qui dans l'être humain semble refuser tout réel changement vers plus de sobriété ou encore d'expliquer pourquoi ce fameux "système" est (dans l'ensemble) si bien accepté.

Cette contradiction n'est d'ailleurs pas limitée aux sujets environnementaux. On peut la trouver dans de nombreux autres domaines de la vie individuelle comme collective : prévention routière, tabagisme et usage de drogues, mauvaise hygiène de vie, difficulté à faire avancer les droits humains, etc.

Nous n'agissons pas en cohérence avec ce que nous savons. Alors, ne sommes-nous pas "maître dans notre maison" pour reprendre l'expression de Freud ?

Là où la théorie freudienne ou d'autres écoles psychologiques nous fournissent des explications théoriques à cette apparente (dé)possession de nous-mêmes, Sébastien Bohler s'intéresse pour sa part aux neurosciences, c'est-à-dire à l'étude du fonctionnement de notre cerveau et à son histoire (durant l'Évolution).

Homo Striatum Striatum

Nous désignons notre espèce comme Homo Sapiens Sapiens, mais à bien y regarder, il n'est pas certain que nous soyons si sage...

Ce que nous explique l'auteur, c'est que siège au sein de notre cerveau une partie très ancienne qui existe également chez de nombreuses autres espèces. Il s'agit du "striatum". Même si l'auteur n'utilise le terme qu'une fois dans son livre, je pense que l'expression "cerveau reptilien" peut en être rapprochée. Et puis c'est bien connu que les reptiliens dominent le monde :-)

Si notre cerveau ne se limite pas au striatum, des expériences cliniques semblent montrer que chez la très grande majorité d'entre nous le striatum domine, même si cela peut se manifester de manière plus ou moins primaire suivant les individus. Si le cortex, qui semble lié à notre ingéniosité, est important chez l'être humain, cette intelligence est principalement pilotée par le striatum via son circuit de récompense. C'est même la recette de notre succès, nous ayant permis de si bien réussir en tant qu'espèce jusqu'ici. Mais nous arrivons à un moment historique où une bonne partie du monde tel que nous l'avons refaçonné pour notre intérêt ne semble pas soutenable à moyen terme si nous gardons les mêmes comportements.

Selon Sébastien Bohler le striatum est donc à l'origine de nos fameux "bugs" nous empêchant de changer de cap pour préserver notre avenir. Il est à l'origine de plusieurs pulsions, plus ou moins conscientes, se reflétant dans nos actions :

  • Se nourrir, y compris avec excès. La raison est que pendant des millions d'années, il ne suffisait pas d'ouvrir le réfrigérateur pour trouver de la nourriture en abondance. Étonnant, non ? De ce fait, suite à une chasse réussie, une grande quantité de nourriture nous étant accessible, il était avantageux d'en manger autant que possible, histoire de constituer des réserves en prévision de possibles futures journées de disette. Les individus ayant cette tendance à la voracité avaient plus de chance de survivre jusqu'à être en âge de se reproduire et ont donc été privilégiés par l'évolution.
  • Se reproduire. Cet instinct peut se manifester différemment suivant les sexes, les hommes pouvant disséminer leurs gènes plus largement que les femmes pour des raisons biologiques. Cette pulsion peut se retrouver dans beaucoup de nos comportements : besoin viscéral d'avoir des enfants, désirs amoureux... Mais aussi dans le succès de la pornographie en ligne. Or le numérique est avec l'aviation civile un des domaines d'activité dont l'impact environnemental augmente le plus vite. Et 60 % de l'électricité ainsi consommée est liée au visionnage de vidéos en ligne, dont une bonne partie sont des vidéos X...
  • Limiter ses efforts. L'intérêt de cette "paresse" en terme de survie saute aux yeux, surtout à une époque où nous avions souvent le ventre vide. Et cette pulsion visant à minimiser nos efforts pour atteindre nos objectifs (se nourrir, se reproduire...) peut sembler assez écologique à première vue, la recherche d'efficacité étant importante pour faire des économies de ressource. Malheureusement, elle a aussi tendance à nous faire pousser dans la main un poil ayant un air de baobab :-) et ce faisant de nous entourer d'esclaves énergétiques. Après tout, n'est-ce pas bien moins fatiguant de commander le livre de Sébastien Bohler sur gramazone que d'aller le chercher avec nos petites jambes chez le libraire du coin ? :-)
  • S'informer. Le but est de mieux connaître son environnement, de nouveau pour augmenter nos chances de nous nourrir, de nous reproduire... Cette tendance est poussée à l'excès dans l'économie de l'attention des réseaux sociaux nous poussant à sauter d'un lien à l'autre. Peu des personnes ayant commencé à lire cet article iront jusqu'au bout. Il y a sans doute une vidéo plus excitante à regarder vous expliquant comment le monde est dirigé par les reptiliens :-)
  • Cultiver son statut social. Il s'agit d'améliorer son image aux yeux des autres et de soi-même, de nouveau pour augmenter nos chances de nous nourrir et de trouver des partenaires sexuels. D'où la recherche du pouvoir et du bling-bling (belles voitures, smartphones dernier cri, voyages lointains...). Ici, il faut se distinguer des autres pour être "mieux" que son voisin, mais selon des critères admis par les autres, donc ne pas se distinguer vraiment au final... Une bonne part du consumérisme ne fait qu'exploiter ce biais.

À ces cinq tendances, s'ajoute une autre qui consiste à vouloir "tout tout de suite" et qui tend à s'appliquer aux autres.
L'auteur cite ici l'expérience connue des marshmallow. Des enfants sont incités à résister à l'envie de manger immédiatement une confiserie, pour en avoir un deuxième quelques minutes plus tard. Les moins impulsifs auront au final mangé deux bonbons au lieu d'un seul. Leur striatum est aussi aux commandes, mais sait mieux se servir de son cortex :-) De futurs "ambitieux" ? D'après l'expérience, les enfants résistant le mieux, sont ceux qui ont le mieux ensuite "réussi" leur vie. Comprendre par là qu'ils ont un meilleur statut social et donc sans doute plus de pouvoir de consommation. Une étude du Credoc a montré qu'en moyenne les plus pauvres ont un mode de vie plus écologique (faute de pouvoir consommer ?).

Bref, l'image finale n'est pas glorieuse : voici un animal sur-adapté à son environnement, parvenu à un niveau d'abondance jamais connu auparavant, mais qui continue à fonctionner comme cela pouvait être adapté à une toute autre époque. Cela m'a fait penser au roman "Bel-Ami" de Maupassant, dont le personnage réellement affamé au début du livre, multiplie ensuite les conquêtes amoureuses, financières, sociales... Agissant souvent sans scrupule, et ne sachant jamais se satisfaire durablement de sa situation. Il en faut toujours plus... Il pourrait être le digne représentant de l'Homo Striatum Striatum. Mais il y en a de nombreux autres, dans la littérature, comme dans la réalité. On peut ainsi penser à un grand gourou de la Silicon Valley qui nous incitait à être "insatiables"...

La conscience aux commandes ?

Une fois cela compris, on imagine mal comment la situation pourrait s'améliorer.

On peut tout de même dire que si l'évolution semble avoir privilégié les individus aux striatums les plus puissants, la vie en société et le brassage génétique a permis l'apparition de nombreux autres individus moins "affamés", n'en déplaise à certains. Ces personnes peuvent porter un autre mode de vie plus adapté à la situation actuelle. Le problème est que les premiers sont ceux qui ont le pouvoir à tous les niveaux (les fameux "mâles blancs" désignés par l'un d'entre eux). Et ils n'ont aucun intérêt à court terme à ce que les choses changent.

Plus cyniquement, si nous pensons que la situation nous amène inévitablement à un effondrement, on peut considérer que ces mêmes striatums forts seront utiles pour reconstruire une société sur les cendres de l'actuelle. Notre volonté de "toujours plus", couplée à notre ingéniosité, a créé le monde dans lequel nous vivons.

Cependant, Sébastien Bohler nous donne quelques pistes.

Même si les injonctions morales venant des religions et philosophes semblent avoir eu peu d'impact sur le comportement humain (en tous cas sur la durée), il insiste sur le rôle de l’éducation pouvant nous inculquer d’autres comportements. L'idée est de "tromper la bête" en lui donnant de nouvelles satisfactions moins primaires, un peu comme le chien de Pavlov...

Il parle aussi des expériences de méditation de pleine conscience, dont l'efficacité a pu être mesurée en laboratoire. De quoi inverser la vapeur et permettant à notre cortex de dominer les impulsions de notre striatum, pour enfin agir en conscience ?

Selon lui, de nouvelles normes sociales pourraient aussi rendre désirables des comportements plus responsables.

J'adhère à l'idée qu'il faut accepter la présence de ce puissant moteur intérieur. Et que, loin de vouloir le supprimer, mieux vaut essayer d'utiliser sa précieuse vitalité pour servir nos intérêts à plus long terme.

Mais il reste à trouver le programme qui arrivera à "débugger" suffisamment de cerveaux pour inverser la tendance générale !

Alors on change de logiciel ? Oui, mais pour un logiciel libre, qui nous (re)donne les commandes :-)

Quelques extraits, avant de vous laisser partir

Sur l'importance du striatum :

Aujourd'hui, on sait que le striatum est justement la partie du cerveau qui fait naître ces incitations. Tel un contremaître exigeant, il nous pousse à l'action. Et il manie la carotte plus que le bâton : si le cortex exécute ce qui est inscrit au programme officiel de la survie - manger, copuler, explorer, conquérir, dominer -, il recevra de la dopamine et du plaisir. Et ça fonctionne même très bien. Sans ces incitations, que deviendrions-nous ? Prendrions-nous la peine de nous lever le matin pour aller travailler et gagner notre vie ? Si ce n'était pour remplir notre assiette, pour retrouver un partenaire avec qui partager notre vie, pour nourrir des enfants, pour apprendre des choses nouvelles ou accomplir un projet qui nous élève à nos yeux ou à ceux des autres, aurions-nous la force d'entreprendre quoi que ce soit ?
Cette question peut sembler théorique, mais elle est on ne peut plus concrète. Récemment, des chercheurs ont observé ce qui se passe si l'on fait disparaître les neurones à dopamine du striatum qui produisent ces incitations. Ils ont délibérément inactivé ces neurones chez des souris, par génie génétique. Le résultat est que les animaux ont cessé de chercher de la nourriture et d'explorer de nouveaux endroits où ils auraient pu en trouver. Ils se laissaient mourir en quelques semaines. La raison était simple : cela leur était égal. La faim avait beau les tenailler, il leur manquait l'envie. L'envie de vivre avait disparu.

Comment l'évolution privilégie les striatums puissants :

Il s'agit en fait d'un système d'attirance extrêmement persévérant. Songez que lorsqu'on éprouve du désir pour une personne, on est capable de déployer des efforts considérables pour la conquérir. Nous y sommes incités par un striatum aussi déterminé qu’obstiné. Les neurones à dopamine qu'il renferme soutiennent un désir puissant, une tension continue qui peut œuvrer durant des jours ou des semaines avant de trouver sa réalisation. Et plus ce système sera efficace, plus il aura des chances de l'emporter sur celui de ses concurrents. La nature récompense le désir : celui qui veut le plus obtient le plus. Ce qu'il y a de marquant dans cette situation, c'est que le système de récompense le plus puissant remporte le jackpot : le striatum qui veut le plus de sexe répandra davantage ses gènes que celui qui n'éprouve qu'un désir modéré. Très rapidement, les gènes des striatums obsédés sexuels vont se répandre dans la population. Ceux portés par d'autres individus, moins portés sur la gaudriole, verront leurs chances d'essaimer se réduire comme peau de chagrin. Logiquement, cette compétition sexuelle sélectionne les systèmes de récompense les plus avides de sexe.

Pourquoi le consumérisme fonctionne si bien :

Finalement, notre situation d'hyperproduction et d'hyperconsommation résulte d'une rencontre fatale entre, d'une part, des millions de cerveaux humains en attente de statut social et, d'autre part, un appareil industriel pour la première fois capable de fournir à chacun dix paires de chaussures, trois ordinateurs, tablettes ou portables, une ou deux voitures tous les cinq ans dans des versions "suréquipées" avec radar et caméra de recul, Bluetooth, écran tactile, climatisation, GPS, assistance automatique à la manœuvre, créneau automatique, et autant d'appareils ménagers pendant la même période, des salons équipés de volets roulants automatiques et le bouquet de chaînes de la TNT plus les chaînes de câble, mais la liste est sans fin. La catastrophe consumériste dans laquelle nous sommes engagés n'existerait pas sans ces deux ingrédients : le cerveau d'un primate et la technologie d'un dieu.

La dictature du court-terme :

Mais ce qu'a en outre démontré l'équipe du neuroscientifique, c'est que la force de la décharge de dopamine dépend du délai qui sépare l'annonce de la récompense de sa venue effective. Plus le délai est long, plus la réponse anticipatoire est faible. Pour cette raison liée au fonctionnement même de nos neurones dopaminergiques, il nous est difficile de trouver de l'intérêt à ce qui se situe dans un futur lointain. (...) Pourquoi nos cerveaux sont-ils faits pour donner la priorité au présent sur l'avenir ? (...) Les études sur le comportement animal montrent qu'il y a généralement un avantage en termes de survie à saisir toute occasion qui se présente immédiatement. (...) La moralité de tout cela est : lorsque vous vous habituez à avoir tout instantanément, vous perdez la fonction physiologique qui permet de renoncer à quelque chose maintenant au profit d'autre chose plus tard.

L'ingéniosité humaine au service ses instincts :

Au terme de ce processus, l'être humain est devenu un danger mortel pour lui-même. Son programme neuronal profond continue aveuglément de poursuivre des buts qui ont été payants pendant une grande partie de son évolution, mais qui ne sont plus du tout adaptés à l'époque où il s'est projeté. Au regard de sa situation actuelle dans un monde globalisé, l'humain est inadapté. Le drame de sa condition réside dans le fait que ses moyens techniques, tout en s'accroissant au fil des siècles, ont toujours été mis exclusivement au service des objectifs prioritaires de son striatum. L'immense cortex d'Homo sapiens, en lui offrant un pouvoir toujours plus étendu, a mis ce pouvoir au service d'un nain ivre de pouvoir, de sexe, de nourriture, de paresse et d'ego. L'enfant surarmé n'a aujourd'hui plus de limites. La grande question qui se pose à nous maintenant est : l'humanité peut-elle sérieusement se définir d'autres buts que ceux de son striatum ?

De nouvelles valeurs sociales :

Un jour, peut-être, le nec plus ultra du snobisme sera d'être sobre et respectueux de l'environnement, et non de posséder un 4 x 4 suréquipé. Dans cette hypothèse, dès l'instant où le statut social sera associé aux comportements respectueux de la planète, la partie sera gagnée. Le striatum sera devenu le moteur de la préservation, et non de la destruction.

Quid du progrès ?

Que nous disent les droits de l'homme, en substance ? Que chacun peut faire ce qu'il veut, tant qu'il n'empiète pas sur la liberté des autres. Si je veux posséder, j'ai le droit de posséder. Si je veux avoir plusieurs partenaires sexuels, j'ai le droit d'avoir plusieurs partenaires sexuels. Si je veux m'informer, j'ai le droit d'être informé. Et ainsi de suite. Les droits de l'homme sont finalement les droits pour chaque individu d'assouvir ses renforceurs primaires.

Le grand divertissement (de soi-même) :

La deuxième réaction du psychisme humain confronté à sa propre liberté et à sa finitude est le déni. L'important est ici de ne pas penser que l'on est seul face à son destin auquel il s'agit de donner un sens tout en le sachant condamner. La possibilité du déni est offerte à un échelon industriel par la société du divertissement. Le symbole de cette fuite est aujourd'hui l'écran. L'objet roi de notre siècle est le smartphone, la tablette, l'écran d'ordinateur ou de télévision. L'écran entraîne constamment notre pensée à distance de cette préoccupation angoissante. Il parvient à remplir chaque moment de flottement, à nous maintenir pendant des années, parfois toute une vie, loin du questionnement central. Grâce à l'écran, nous n'avons plus de temps libre et nous n'avons plus à nous confronter à notre liberté. Les stimuli rapides, conçus avec adresse pour capturer notre attention, activent de manière automatique les aires de notre cerveau qui pilotent cette attention, sans effort aucun. Ce qui rend le moment de solitude inactive, de silence et de vide, d'autant plus angoissant. Au point que, laissés un quart d'heure sur une chaise sans rien faire, la plupart d'entre nous préfèrent encore s'envoyer des chocs électriques, plutôt que d'être confrontés à ce silence, comme l'a récemment démontré une expérience devenue célèbre publiée dans la revue Science.

Science, sans conscience...

L'être humain, lui, est doté d'une conscience mais celle-ci est souvent négligée et nous la développons beaucoup moins que l'intelligence. Cette dernière est promue à tous les échelons de la société, que ce soit pour réussir à l'école, pour devenir avocat, ingénieur ou chef de projet dans n'importe quelle branche de l'économie. Mais à quel moment demande-t-on à un ingénieur réseau, un développeur de ligne de cosmétique, ou un dirigeant d'entreprise automobile : "Avez-vous conscience de ce que vous faites ?"

 

Crédit illustration article : Maaillustrations